Des années
1960 à nos jours
Le mot Sophrologie est créé en
1960 par un jeune neuropsychiatre espagnol d’origine
colombienne, Alfonso Caycedo.
Refusant certains traitements psychiatriques
comme le coma insulinique ou les électrochocs
- qui, selon lui, altèrent la conscience
– il souhaite une autre approche de la
maladie mentale.
Il s’intéresse tout d’abord
à l’hypnose, au training
autogène de Schultz (1984-1970)
et à la relaxation progressive de Jacobson.
Au début des années 1960, la sophrologie
est donc composée de quelques techniques
issues de ces 3 méthodes notamment les
sophronisations.
Une des raisons pour lesquelles on associait
à l’époque la sophrologie
à l’hypnose, c’est que Caycedo
a voulu tout d’abord remplacer le mot
hypnose par le mot sophrologie. Le rapprochement
que l’on peut faire entre ces 2 méthodes,
c’est que chacune d’elles propose
un changement du niveau de conscience habituel
afin d’accéder au niveau
sophro-liminal qui se caractérise
par une prédominance des ondes alpha.
Il existe pourtant de nombreuses différences
entre les deux méthodes. Voici les deux
plus importantes. L’hypnotiseur est extérieur
à la séance, il garde les yeux
ouverts alors que le sophrologue vit la séance
avec son groupe ou son patient et, de fait,
garde les yeux fermés. L’hypnotiseur
est souvent autoritaire dans son discours, il
impose sans expliquer la structure de sa séance.
Le sophrologue propose, demande l’accord
de la personne et le ton de sa voix est le plus
naturel possible.
Mais Caycedo s’intéresse également
à la phénoménologie.
En 1962, il rencontre le psychiatre suisse Binswanger
(1881-1966) spécialiste de cette philosophie.
Celui-ci lui conseille de se rendre en Inde
afin d’étudier le yoga.
En 1965, Caycedo part en Inde pour un voyage
qui durera 2 ans. Il séjournera à
l’ashram de Pondichéry où
vécut Sri Aurobindo. Il apprendra le
yoga dynamique du sud de l’Inde dont il
s’inspirera pour créer
la relaxation dynamique du 1er degré.
Il rencontrera également le bouddhisme
dans le nord de l’Inde (le Tummo) et finira
son voyage au Japon afin de s’initier
à l’enseignement Zen.
De retour en Espagne, il met au point les relaxations
dynamiques du 1er, du 2ème et du 3ème
degré. Chacune d’elles s’inspire
d’un des 3 grands courants orientaux.
Nous sommes à la fin des années
1960.
En 1977, il décide d’ouvrir la
profession de sophrologue aux personnes n’ayant
pas de formation médicale ou paramédicale.
Ce sont les premiers pas de la sophrologie
sociale.
La sophrologie se développe de plus
en plus en France, en Belgique et en Suisse
grâce notamment au médecin-dentiste
Raymond Abrezol (1931-2010).
Ce dernier se fera connaître en préparant,
entre autres, l’équipe suisse de
ski (en tout 204 médailles olympiques
ou mondiales !).
Personnellement, je rencontre le Dr
Yves Davrou en 1982. C’est avec
lui que je me forme à la sophrologie.
Dans l’intention de créer une bonne
alliance, Yves Davrou souhaite que le sophrologue
participe pleinement à la séance.
L’utilisation du ‘nous’ est
donc préférée au ‘vous’.
Le sophrologue vit pleinement au lieu de n’être
qu’un spectateur extérieur. Yves
Davrou co-écrit un livre avec Alfonso
Caycedo en 1979 (L’aventure de la sophrologie),
ouvrage qui reste le dernier publié par
le créateur de la sophrologie.
Le 4ème degré apparaît
en 1985. En 1988, Caycedo s’installe à
Andorre et, afin de protéger
sa méthode, il crée le terme ‘sophrologie
caycédienne’ et dépose légalement
cette marque.
Au fil des années 1990 puis 2000, Caycedo
modifie sa méthode, son inspiration phénoménologique,
ajoute 8 degrés aux 4 premiers degrés
historiques, structure sa méthode définitivement
en 2001, la réactualise en 2005.
Dans leur pratique professionnelle, les sophrologues
n’utilisent que les 4 premiers degrés.
Les principes de la sophrologie
1. Le schéma corporel
La perception des sensations corporelles est
au centre de l’enseignement. Les relaxations
dynamiques et les sophronisations ont pour intention
positive première de nous aider à
percevoir puis affiner notre sensorialité.
Lorsque nous sommes ‘mal dans notre peau’
ou malade, nous avons une perception négative
de notre corps. Nous percevons des sensations
inconfortables. Celles-ci sont particulièrement
nettes dans les états de stress. Un des
tout premiers objectifs de l’entraînement
sophrologique est donc de ‘réduire’
le négatif et de renforcer le ‘positif’.
Grâce à des mouvements simples,
des exercices respiratoires ou des phases de
relâchement, nous apprenons à nous
libérer de ce qui constitue une entrave
et à créer des sensations positives.
La sophrologie considère que le corps
et l’esprit ne font qu’un. Ainsi,
lorsque nous nous sentons bien dans notre corps,
nous avons une meilleure perception de nous-même
donc une meilleure image de soi. L’impact
d’une activation positive sur le corps
est étudié en formation.
2. L’action positive
S’il est couramment admis de nos jours
la nécessité d’être
‘positif’, cela n’allait pas
de soi dans les années 1960. Il y avait
bien quelques auteurs et médecins américains
à mettre en avant la valeur de l’action
positive (Maxwell Maltz par exemple) mais leurs
méthodes étaient très mal
adaptées à un public européen
voire français à cause de leurs
bases religieuses.
Être positif ne signifie pas se convaincre
que tout va bien et que le monde est parfait,
l’actualité nous confirme le contraire
tous les jours. Il s’agit plutôt
de faire le choix de vivre plus positivement
en dynamisant les sensations corporelles, en
développant des sentiments positifs et
en faisant le choix de pensées plus sereines.
Le développement des méthodes
cognitives telles que l’EMDR
ou la mindfullness (méditation
basée sur la pleine conscience) en est
la preuve.
La sophrologie affirme que ‘les choses
peuvent être autrement’. Dans
le cas d’un étudiant angoissé
à l’idée de passer un examen,
l’entraînement sophrologique va
lui permettre de vivre son corps positivement
(relâchement, enracinement, respiration…),
de développer ses ressources et de projeter
celles-ci dans le futur. Les futurisations sophrologiques
sont certainement les techniques les plus efficaces
et les plus recherchées par celles et
ceux qui viennent en séance.
3. La réalité objective
Chaque sophrologue travaille en respectant la
conscience des personnes qui viennent à
ses entretiens. Il s’abstient de recevoir
des patients qui relèvent de la médecine
ou de la psychiatrie.
Et il apprend à chacun à se fixer
des buts réalistes et réalisables.
4. Le principe d’adaptation
On ne peut proposer la même approche,
la même méthode ou les mêmes
techniques aux patients ou aux groupes que l’on
reçoit. La sophrologie peut être
pratiquée par des enfants, des personnes
âgées voire handicapées,
des personnes actives, en entretien individuel,
en groupe, en entreprise... Il est donc nécessaire
d’adapter le discours à la personne
ou au groupe que l’on a en face de soi.
C’est grâce à l’adaptation
que chacun pourra recevoir et comprendre la
pratique sophrologique, se l’approprier
et se développer personnellement. Un
enseignement rigide risque fort de rebuter le
néophyte. C’est tout l’art
du sophrologue que de répondre précisément
aux besoins de sa clientèle. Une application
standard de la sophrologie ne peut que contrarier
la progression de la personne. Certains auront
besoin d’approfondir le mécanisme
de la respiration ou de s’entraîner
plus longuement à la perception de leurs
sensations corporelles (lecture du corps). D’autres
se verront proposer un travail d’enracinement
plus conséquent ou un approfondissement
des techniques de relâchement. Dans une
demande plus urgente (examen ou entretien dans
les jours qui suivent la séance), le
sophrologue orientera le travail vers une futurisation
ou une sophro-acceptation progressive.
Ce sont l’anamnèse, l’écoute
et l’objectif du patient (ou du groupe)
qui orientent les choix du sophrologue.
La profession de sophrologue
Depuis la fin des années 1960, les formations
au métier de sophrologue se sont multipliées.
Il existe différents courants. Mais toutes
les écoles sérieuses s’appuient
sur les 4 grands principes de la sophrologie
et les 4 premiers degrés.
A l’heure actuelle, il n’existe
pas de diplôme officiel
(ou d’état) de sophrologue. Les
écoles françaises ne peuvent proposer
qu’un certificat ou un diplôme privé.
L’actuel gouvernement ne souhaite pas
légiférer sur cette profession.
S’il le faisait, il serait également
obligé de légiférer sur
de nombreux métiers : professeur de yoga,
relaxologue, enseignant en taï chi…
Les méthodes sont nombreuses.
Par contre la profession est désormais
reconnue. Même le Pôle Emploi,
dans son fichier ROME ( Répertoire
Opérationnel des Métiers et de
l’Emploi, fiche n° K1103) décrit
le métier de sophrologue.
Quelles sont les qualités que doit
posséder un sophrologue professionnel
?
Comme pour le métier de psychothérapeute,
le sophrologue doit être à l’écoute
de son interlocuteur. Il développe l’empathie.
Il sait demeurer positif et, grâce à
son attitude, véhicule sérénité
et stabilité.
Un sophrologue transmet un vécu. Celui-ci
vient de son entraînement, de sa pratique
personnelle. Dans notre école, nous insistons
beaucoup sur ce point. C’est pour cette
raison que nous proposons des CD audio,
un blog à usage illimité
(plus de 60 séances). Nous proposons
2 séances pratiques à chaque journée
de stage. Nous invitons également les
stagiaires à s’entraîner
en binôme ou en petit groupe afin d’apprendre
à placer sa voix, à trouver le
bon rythme et les mots justes. Et ceci tout
au long de la formation.
Comme nous l’expliquions plus haut, le
discours du sophrologue doit s’adapter
à son interlocuteur. Lorsqu’il
s’adresse à un professionnel de
la santé, il n’emploie pas les
mêmes mots que lorsqu’il donne un
cours dans une maison de quartier. Même
face à un médecin, le sophrologue
doit pouvoir présenter clairement sa
méthode. Les concepts sophrologiques
sont nombreux et parfois abscons pour le néophyte.
Un bon sophrologue sait communiquer sur sa profession
avec un langage accessible sinon il risque de
ne pas réussir à transmettre sa
passion pour son métier.
Il doit savoir préciser les différences
entre la sophrologie, la relaxation, le yoga
et les méthodes qui font appel au relâchement
ou à la respiration. En mettant en avant
les spécificités de sa méthode,
il permet à ses interlocuteurs de se
faire une idée très précise
des bienfaits que cet entraînement peut
apporter.
La plupart des sophrologues s’installent
en tant que travailleur indépendant (profession
libérale, micro-entreprise, auto-entrepreneur…).
Certains sont salariés d’une association,
d’un centre socio-culturel d’une
maison de quartier, d’un centre thermal
ou de thalassothérapie…
|